Clins d'oeil
Les gendarmes de l'extrême
Commandant du PGHM de Chamonix de 1998 à 2002, Blaise Agresti pose un regard sans concessions sur les acteurs de la montagne. L'histoire de ce corps d'élite de la gendarmerie est intimement liée à celle de l'alpinisme.
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En hélicoptère ou à pieds, les hommes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix (et des autres massifs) sont toujours prêts à se lancer dans des opérations de sauvetage. Au cœur de la saison "alpinistique", les secours veillent : "les premiers à marcher" sont en première ligne.
Le commandant Blaise Agresti, ex-patron du PGHM de Chamonix est actuellement responsable du CNISAG (Centre national d'instruction au ski et à l'alpinisme de la gendarmerie) -le centre de formation des futurs gendarmes secouristes en haute montagne-, aime parler de cette montagne qui est sa vie. Sa passion l'a conduit à devenir l'historien du PGHM en écrivant un livre racontant les grandes heures du secours en montagne à Chamonix. Un livre émouvant et dense, à lire avant de se lancer dans une ascension hasardeuse. Ou pour découvrir les exploits d'hommes hors du commun qui font souvent la Une de l'actualité lors de missions périlleuses. Huit d'entre eux y sont déjà morts.
Le secours ne se vend pas.
Du drame de Vincendon et Henry sur les pentes du Mont Blanc en 1956 à celui des deux Jamie dans les droites en 1999, de la création du GSHM en 1958 avec son premier officier Francis Pigaglio à l'actuel PGHM dirigé par Régis Lavergne,
Blaise Agresti va au-delà du simple récit de sauvetages pathétique.
Hommage à ces sauveteurs qui sont au service des alpinistes en détresse, c'est aussi l'analyse d'un groupe d'hommes "
dont la particularité est de se retrouver en permanence confrontés à la mort et au danger". Des hommes qui parfois ont peur.
Pour l'ancien commandant de cette unité d'élite de la gendarmerie, l'équivalent du GIGN, le "
sauvetage en montagne laisse une place prépondérante aux hommes, à leurs faiblesses, à leur volonté, à leur courage. À leurs émotions surtout. Là-haut, l'acte de secours prend toute sa signification : face à la mort, l'homme en détresse est d'une fragilité absolue qui exige la solidarité des autres. Une solidarité qui ne se mesure pas, qui ne se négocie pas, qui ne se vend pas."
La gratuité des secours en montagne est un principe auquel il ne faut pas toucher. La ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, l'a elle-même réaffirmé cet été à Briançon, lors d'une démonstration avec les CRS de haute montagne.
Mais ces "anges gardiens des alpinistes" ne sont pas seulement des héros. Le sauveteur est aussi, souligne l'auteur de "In extremis", "
un passeur entre l'univers de la montagne, la chaîne de causalité et des responsabilités et la justice. Nous avons aussi pour mission d'accueillir les familles des victimes en les accompagnant dans des moments particulièrement douloureux".
Que faire face à ces nombreux accidents? "
Le Mont Blanc est une course d'altitude et il faut savoir rester humble. Je ne veux pas être le gendarme donneur de leçons. Ce qu'il faudrait, c'est un véritable apprentissage de la montagne pour ceux qui veulent la pratiquer" affirme-t-il encore.
Une femme parmi l'élite
Actuellement chargé de la formation des futurs gendarmes sauveteurs, il évoque le recrutement de ces hommes d'exception : "
De la motivation bien sûr, mais il faut savoir mixer compétences et expérience afin d'offrir le meilleur produit. Parmi les dix candidats retenus dans la prochaine session, une femme fera très certainement son entrée parmi les sauveteurs du PGHM", précise Blaise Agresti, qui rappelle que le CNISAG travaille aussi dans la durée.
"
On ne se contente pas de l'instant ! On s'est engagé dans la formation des Népalais, on a mis au point des techniques de sauvetages, du matériel (traîneau, treuil, pince Friedli, marteau pneumatique, perche télescopique, etc.)".
Quand on lui demande quel est le souvenir le plus fort durant cette longue période à la tête du "PG", une intense émotion envahit alors ce militaire, pourtant préparé au pire. "
C'est l'avalanche de Montroc, qui durant l'hiver 1999 a fait douze morts. Aujourd'hui, encore j'ai du mal a en parler, ce fut très éprouvant. C'est trop frais, c'était vraiment terrible" dit-il avec pudeur, évoquant la difficile et insupportable recherche des victimes...
Même s'il doit "retourner à l'école" -comme il le dit avec humour- à la rentrée prochaine pour suivre le parcours normal d'un officier et assurer de nouvelles fonctions de commandement,
Chamonix est pour lui un refuge. Quand il évoque une prochaine course entre amis ou en famille dans ce massif qu'il connaît bien, son enthousiasme est intact à l'idée de chausser les crampons pour le plaisir.
Philippe THIRAULT. Est Républicain. 20/08/2007